Archives de Catégorie: Bandes dessinées

Gérard Lauzier à contre-courant

Chronique parue dans le n°158 de la revue Eléments (janvier-février 2016)

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Lauzier

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Cowboy Henk

Henk

Un homme blond et athlétique, sorte de croisement entre Riquet à la houppe et le personnage de cartoon Johnny Bravo, marche dans le désert avec un chevalet de peintre sur le dos. Il aperçoit un bunker, s’y engouffre, déploie son matériel et s’exclame : « Ici je peux, sans être vu, mener ma période surréaliste à son épanouissement népalais ! » Il entreprend alors de peindre sur sa toile l’image d’un pharmacien mou lorsque survient un garde champêtre, matraque à la main, qui le prend en chasse et vocifère : « Pris sur le fait ! Du surréalisme en 1996 ! Comment oses-tu ? » C’est une des nombreuses histoires déroutantes en une page qu’on peut découvrir dans le recueil de Cow-Boy Henk, ce bellâtre à l’esprit tordu né au début des années quatre-vingts sous la plume du tandem Kamagura-Seele et devenu depuis un classique de la bande dessinée alternative flamande.

Henk, qui n’est pas un cow-boy contrairement à ce que le titre de l’album indique, exerce différents métiers (coiffeur, chirurgien, journaliste, peintre, dentiste) pour lesquels il déploie un savoir-faire rarement en rapport avec ce qu’on attend de lui. Diffusée dans l’espace francophone par le biais du mensuel Fluide Glacial, cette série singulière a vite attiré l’attention des lecteurs, par son humour proche de l’absurde mais plus encore par son trait rétro et ses couleurs vives qui évoquent les anciennes bandes dessinées américaines. Ce graphisme vintage a quelque chose d’anachronique et de rassurant alors que le propos, dans son côté insensé et gratuit, n’a rien qui rappelle le classicisme des vieux comics. Mutations sexuelles, scatologie, nudisme, mutilations diverses, autant de sujets scabreux qui, pourtant, ne cherchent pas à choquer ou à franchir des limites morales ou idéologiques mais uniquement à illustrer ce que l’éditeur présente comme « le surréalisme pour les masses ». Une curiosité qui vaut précisément pour ce décalage singulier entre le fond et la forme.

 

Kamagurka & Herr Seele, Cowboy Henk, trad. Daniel Cunin, FRMK, 2013, 120 pages

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Entretien avec l’illustrateur Zéon

David L’Epée a rencontré l’illustrateur Zéon (également graffeur et dessinateur de BD) peu de temps avant son procès (le 20 septembre 2013) et avant la sortie du tome 2 de « Yacht People ».

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Spirou : l’intégrale 1938-1943

Spirou

L’année 2013 marque les 75 ans de l’apparition d’un personnage emblématique de la bande dessinée franco-belge, Spirou. Si Franquin et ses successeurs sont bien connus, les deux premiers dessinateurs du petit groom, Rob-Vel et Jijé, le sont moins, en partie à cause de leur ancienneté et parce c’est bien Franquin, avec son talent et sa nouvelle galerie de personnages (le Marsupilami, le comte de Champignac, le savant Zorglub, la jolie Seccotine et bien d’autres) qui a vraiment fait décoller la série. Cet anniversaire est donc l’occasion de rendre justice à deux pionniers, le dessinateur français Robert Velter, dit Rob-Vel, et l’imprimeur et éditeur belge Jean Dupuis, vrais pères de Spirou. Le volumineux album, agrémenté d’une préface consistante de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, comprend l’ensemble des planches publiées entre 1938 et 1943 dans le journal Spirou, lancé par la maison Dupuis. Le nom de Spirou est un terme wallon signifiant “écureuil” et évoquant par analogie un enfant dégourdi et espiègle. D’abord imaginé comme un écolier, un crieur de journaux ou encore un garçon de café, c’est finalement sous les traits d’un groom que le jeune héros apparaîtra, Rob-Vel ayant lui-même travaillé comme chef de rang dans un hôtel et sur des paquebots où officiaient de nombreux garçons en livrée.

Conçu dans un esprit catholique et humaniste, la série est truffée d’allusions à des références typiquement belges tout en adoptant dans les premiers temps un style graphique encore très marqué par celui des BD américaines (ce trait tout en rondeur qu’on trouve également dans les premiers dessins de Morris), Rob-Vel ayant été formé à New-York auprès de Martin Branner, grand maître de la bande dessinée US. Assisté de son épouse Blanche (qui écrit les scénarios) et du peintre montmartrois Luc Lafret, Rob-Vel nous plonge dans des aventures farfelues dont le récit semble improvisé au fur et à mesure des parutions. Spirou nous emmène tantôt dans les colonies d’Afrique au pays du “singe bleu” tantôt dans un centre sous-marin hanté par un savant fou et d’anciennes divinités égyptiennes ou sur la planète Zigomus peuplée de gnomes hirsutes. Un esprit de fantaisie à l’état pur, délicieusement désuet, sans vraie contrainte scénaristique. Une première réédition de ces planches avait vu le jour en 1975 mais uniquement en noir-et-blanc et dans un tirage limité ; cette nouvelle édition comble donc un vide et nous ramène aux origines d’un des grands classiques du XXème siècle.

 

Rob-Vel, Spirou : l’intégrale 1938-1943, Dupuis, 2013, 312 pages

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Le Cycle de Qâ

Thorgal

Les éditions du Lombard, maison de référence d’une partie importante de la bande dessinée franco-belge classique, viennent de faire reparaître, dans un volume unique, Le Cycle de Qâ, soit cinq albums suivis extraits de la série Thorgal. Publié initialement entre 1985 et 1988, ce récit filant sur près de deux cent cinquante pages est une des pièces maîtresses de la série, laquelle compte à présent plus de trente épisodes, Rosinski s’étant depuis quelques années entouré de jeunes dessinateurs et scénaristes qui poursuivent son œuvre avec plus ou moins de bonheur. Nous y retrouvons, dans un Moyen-Âge fantasmé, les personnages de Thorgal le viking et de sa femme Aaricia qui vont être amenés, pour sauver leur fils, à partir pour le pays Qâ, qui ressemble fort à l’Amérique du Sud et dans lequel deux peuples évoquant les aztèques ou les incas bataillent sous les ordres de rois-sorciers descendus des étoiles… Une quête initiatique, l’exaltation des valeurs chevaleresques, une éthos de l’aventure, beaucoup de sensualité et même un soupçon de science-fiction. L’occasion également de faire apparaître un personnage qui deviendra central dans la série, la très vénale et très belle Kriss de Valnor, chasseuse de primes et séductrice sans scrupules, une des “méchantes” les plus réussies du neuvième art ! Car, si vous ne le saviez pas encore, vous découvrirez en lisant cette réédition que Rosinski fait preuve d’autant de talent pour dessiner les jolies femmes que les paysages ou les dragons de la mythologie scandinave…

Le trait foisonnant, à la fois réaliste et fantastique, de l’illustrateur d’origine polonaise, associé à la maîtrise d’un des plus grands scénaristes de la BD classique (l’auteur, notamment, des séries XIII et Largo Winch) font de cet album un monument de l’heroïc fantasy, genre populaire qui se manifeste d’habitude davantage par la quantité de ses productions que par leur qualité. Tout, dans la structure du Cycle de Qâ, évoque une lecture cinématographique, du découpage narratif aux choix visuels, et on imagine volontiers un Peter Jackson ou un Steven Spielberg adapter un jour cette saga spectaculaire qui semble avoir été conçue pour le grand écran. On regrettera l’absence d’une préface qui aurait pu être un complément idéal à cette réédition mais on appréciera la dizaine de pages qui clôt le volume et présente une série de croquis préparatoires, dont plusieurs inédits réalisés pour l’occasion.

 

Grzegorz Rosinski & Jean Van Hamme, Le Cycle de Qâ, Les Editions du Lombard, 2012, 256 pages

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Raymond Macherot : l’embellisseur du quotidien

Article paru dans le n°146 d’Eléments (janvier-mars 2013)

 

Il aura fallu attendre quatre ans après la disparition du grand dessinateur animalier Raymond Macherot pour que deux éditeurs, Le Lombard et Casterman, se décident à faire paraître une réédition conséquente des deux séries qui ont fait son succès, Chlorophylle et Sibylline. La parution ces derniers mois de ces huit gros volumes est l’occasion de s’immerger dans une œuvre unique en son genre, ode aux charmes de la nature et à l’enracinement. Entre bande dessinée enfantine, écologie d’avant-garde et satire sociale.

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