La France de Michel Audiard

Audiard

Cet essai, édité une première fois chez L’Âge d’Homme en 2001 puis une seconde fois chez Xenia en 2007, a connu un tel succès que Xenia le réédite cette année en livre de poche. L’occasion de découvrir à petit prix ce texte vif et souvent drôle, que l’auteur dédie à son père, enfant du XVIIIème arrondissement comme Audiard. On dit souvent de ce dernier qu’il fut un anarchiste de droite ; Paucard préfère voir en lui un individualiste, un « reconstructeur d’univers populaire » qu’il compare volontiers à Marcel Aymé. Défenseur d’un cinéma populaire qui préfère viser les succès en salles que les subventions, Audiard méprisait les intellectuels en général et particulièrement les cinéastes de la Nouvelle Vague. « La lutte des classes, commente Paucard, est avant tout un dialogue entre les emmerdeurs et les amuseurs. » Le dialoguiste ne mâche pas ses mots non plus lorsqu’il s’agit de dire tout le mal qu’il pense de Truffaut, Hitchcock, Kubrick ou Orson Welles. Aux cénacles cinéphiles il préfère le peuple des comptoirs, ces « mousquetaires du bistrot », et ses thèmes de prédilection reflètent les goûts d’une certaine France : les intrigues policières, les prostituées, la pègre, l’argent (surtout lorsqu’il manque), le cyclisme.

Il préférait toujours travailler sur la base de romans que de scénarios originaux, les scénaristes étant à ses yeux bien souvent des romanciers ratés. Il eut le mérite de « faire parler le fond paysan français avec l’accent de Paname » mais sans recourir à l’argot ni à aucune innovation formelle, incrédule quant à l’idée d’une révolution dans le style. Selon lui, un mot dans un dialogue ne devait jamais être gratuit, il devait répondre à la même nécessité qu’un mouvement de caméra, sans fioriture inutile. Paucard regrette qu’il ait malgré tout cédé un temps à l’influence de Céline et soit passé « du populisme parisien [au] romantisme post-moderne célinien », rejoignant brièvement (ce ne fut qu’une parenthèse) ces « ennemis logiques du classicisme qui, de déstructurations en destructions pures et simples, ont ouvert la voie aux inepties post-dadaïstes ». On se souviendra longtemps de ce virtuose des mots, oscillant sans cesse entre la misanthropie et une forme d’humanisme bien à lui, né de sa bienveillance à l’égard des gens ordinaires qui lui faisait écrire : « Prenant l’humanité en bloc pour un extravagant tas de gadoue, j’ai découvert, avec une stupeur dont je me remets lentement, que certains hommes étaient mes frères et parfois mes amis. »

 

Alain Paucard, La France de Michel Audiard, Xenia (collection poche), 2013, 160 pages

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