L’esprit de résistance suivi de La question suisse

La Suisse célèbre en 2012 les vingt ans du vote historique par lequel, en 1992, elle refusa d’adhérer à l’Union européenne. L’occasion pour François Schaller, un des pionniers romands de ce combat anti-européiste (combat qui, à l’époque, était principalement le fait de la partie alémanique du pays), de faire paraître un choix de textes consacrés à la question et rédigés entre 1990 et 2000 ainsi qu’un texte inédit, L’esprit de résistance, qui pourrait bien servir désormais de manifeste à ceux en Suisse qui, de plus en plus nombreux, disent non à l’UE.

Déployant son argumentaire en se focalisant sur cinq thématiques – la démocratie directe, le fédéralisme, la neutralité, le protectionnisme et le secret bancaire – il appelle la Suisse à « réactualiser ses traditions politiques anti-impériales », anticipe et répond à toutes les objections que pourraient lui faire les européistes, que ce soit sur le plan de la pacification de l’Europe, de la libre circulation ou des politiques monétaires. N’hésitant pas à faire quelques comparaisons qui paraitront hardies à certain (l’UE est tour à tour mise en parallèle avec le Saint-Empire romain germanique et l’URSS, sans parler des références au Lebensraum hitlérien), Schaller n’avance rien qu’il ne puisse justifier et cet ouvrage est certainement ce qui s’est écrit de plus abouti sur la question dans la paysage éditorial helvétique. Défenseur d’une vision du monde fondée sur le multilatéralisme et la cohabitation harmonieuse des grands pays avec les plus petits, il brocarde cette UE autoritaire et inégalitaire qui n’est selon lui qu’un « axe franco-allemand élargi » capable uniquement de « répandre la fronde et la fraude ».

Le tout est parsemé d’analyses périphériques intéressantes, allant du débat sur l’intégration de la Turquie aux conditions de la réunification de l’Allemagne en passant par la défense du populisme ou l’opposition entre le principe d’intangibilité des frontières et celui de libre détermination des peuples. Considérant que la Suisse aurait tout à gagner à prendre la tête d’un forum des petites nations non alignées, il écrit : « La Suisse symbolise en quelque sorte le refus du critère démographique dans l’établissement d’une gouvernance non seulement européenne, mais aussi mondiale. Le seul moyen d’y échapper, c’est de tendre vers l’égalité des nations. » Un livre indispensable pour qui s’intéresse aux rapports complexes entre Union européenne et souverainetés nationales.

 

François Schaller, L’Esprit de Résistance, Slatkine, 2012, 308 pages

 

Ecouter l’entretien accordé à David L’Epée par François Schaller

Poster un commentaire

Classé dans Démocratie, Suisse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s