Genèse du populisme : le peuple et les gros

Chronique parue dans la rubrique Cartouches du n°145 d’Eléments (octobre-décembre 2012)

La collection Pluriel des éditions Arthème Fayard ressort une nouvelle édition de ce livre de Birnbaum paru en 1979, agrémenté d’une préface inédite qui fait la part belle au phénomène Mélenchon et à Marine Le Pen. Disons-le tout net : l’intérêt de l’ouvrage ne se situe pas dans le point de vue de l’auteur, anti-populiste viscéral et partisan d’une certaine gouvernance technocratique. En effet, revenant sur les grands figures-épouvantails utilisées depuis le XIXème siècle par les populistes de droite et de gauche pour désigner l’ennemi (les deux cent familles, l’Establishment, les “barons”, les “féodaux”, etc.), il n’y voit souvent que de l’antisémitisme plus ou moins camouflé ou, notamment du côté communiste, une trahison de la dialectique de la lutte des classes au nom d’une réconciliation très large du monde du travail contre les “gros”. Par contre, l’auteur livre une analyse intéressante de la manière dont les Français de différentes périodes s’identifiaient ou ne s’identifiaient pas à leur classe sociale.

Il propose en outre, au fil des pages, un grand nombre de citations peu connues d’acteurs politiques ayant opté pour la voie populiste, du boulangisme au poujadisme en passant par des exemples littéraires comme les romans de Zola. On retiendra notamment les passages intéressants de textes de leaders communistes et d’éditoriaux de L’Humanité qui nous rappellent le temps (que Birnbaum déplore mais qui nous inspirera quelque nostalgie) où la gauche populaire parlait sans complexe de son amour de la nation et conspuait le cosmopolitisme de certaines élites. Ainsi de cette déclaration de Thorez appelant à se réconcilier avec les catholiques et les Croix-de-Feu tout en se réclamant de Jeanne d’Arc et en unissant « le drapeau rouge de nos espérances et le drapeau tricolore de nos ancêtres » ou ce texte de Marchais confessant un « patriotisme intransigeant ».

Birnbaum conclut son propos, en écrivant dans sa postface : « Dans les sociétés ouvertes où reculent les idéologies, les petits ne craignent plus les gros. La République du centre n’a désormais plus que faire de ce mode de croyances collectives. » L’auteur prend vraisemblablement ses désirs pour des réalités et – heureusement – tout laisse à penser qu’il se trompe.

 

Pierre Birnbaum, Genèse du populisme : le peuple et les gros, Arthème Fayard, 2012, 278 pages

Poster un commentaire

Classé dans Démocratie, Philosophie, Socialisme

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s